samedi 30 mars 2013

L'Ami Nouschi tel qu'en lui même



 André Nouschi sur Boussayar ça n'a rien de banal tant l'amitié qui me lie à cet immense historien est forte. C'est grâce à Gilbert Meynier, son élève - André Nouschi a été le directeur de thèse de Gilbert Meynier- que j'ai eu l'immense privilège de croiser cet intellectuel juif, natif de Constantine et incontournable connaisseur des tribus du Nord Constantinois...donc un proche de ma famille et de mon pays...avec qui il m'arrive de partager les joies et les peines et qui est un lecteur assidu de Boussayar...en attendant de vous livrer une recension de son livre, ici un entretien accordée à Nadjia Bouzeghrane d'El Watan Paris...



André Nouschi. Historien
«La liberté, bien le plus précieux»
le 30.03.13 | 10h00

A 91 ans, il vient de rééditer son livre majeur sur la colonisation de l’Algérie.
- Vous avez soutenu votre thèse en pleine guerre d’indépendance de l’Algérie. Cela a dû vous valoir de grandes pressions pour que vous renonciez à votre projet ?
 Durant mes années de recherche, pour garder ma liberté, je me suis abstenu totalement de parler de ma thèse à qui que ce soit à Constantine. Je savais que l’histoire de la colonisation était sous surveillance, a fortiori si on voulait la critiquer. J’ai donc pris toutes mes précautions. J’ai eu de la chance, car le conservateur des archives, André Berthier, était archéologue et ignorait tout du contenu de son dépôt (Ndlr : en 1954, le découvreur de l’emplacement de Cirta avait été nommé directeur des archives de l'Est algérien). J’avais donc une liberté totale d’aller prendre mes cartons encore tout poussiéreux sur les étagères. Je descendais au  sous-sol et  prenais ce que je voulais. Il m’est même arrivé d’emporter chez moi les volumes du «Tableau des Etablissements français», une mine inépuisable d'informations. Personne ne m’a jamais rien demandé. J’ai donc disposé d’une entière liberté de recherche. Mais je n’ai jamais rien dit de mes découvertes. Donc pas de  censure, pas  d’intimidation. Quand on m’interrogeait, je répondais par des propos vagues et peu précis. Impossible de me situer où que ce soit. D’où ma réponse à Jean Dresch (Ndlr : agrégé d’histoire-géographie en 1930, spécialiste du Maghreb) : «Ici, je ne suis vu par personne !». C’était une chance inespérée, évidemment. J’avais toute confiance en Dresch bien sûr, car il était mon seul confident avec Marcel Emerit, professeur à l’Université d’Alger, qui a aussi toujours été très discret sur mon compte.

- Mais n’avez-vous jamais rencontré d’obstacle ?
 Si, puisque quand j’ai demandé à consulter les archives de la Banque de l’Algérie, elles m’ont été refusées. Le second problème est venu quand l’administration, à travers de Graeve (directeur de cabinet du gouverneur général de l’Algérie, Roger Léonard), m’a interdit de consulter les archives du séquestre de Mokrani. Je les avais déjà vues dans le détail, mais je n’ai pu les citer dans mes notes de référence. En retour, j’ai refusé de mêler ma recherche et mon activité politique. Je militais mais j’étais aussi chercheur ; ce n’était pas facile. La vraie question s’est posée quand j’ai créé avec quelques collègues l’Université populaire avec l’aide de la Bourse du Travail, de la CGT et, latéralement, du Parti Communiste Français. Je m’en suis tiré en analysant les problèmes de l'Algérie en 1950. Ils étaient la suite logique de mes recherches, mais je ne le disais pas. L’Université populaire a duré presque cinq ans avec, comme animateurs, J.F. Lyotard, D. Champeaux, E. Néplaz.


- Dans la préface de votre livre, l’historien Gilbert Meynier vous décrit comme une personnalité dense, riche, à multiples facettes. Comment vous décririez-vous ?
  Je me suis fait tout seul. Je n’avais aucun appui dans l’Université. J’en ignorais les mécanismes, y compris quand j’étais étudiant. J’avais tout à apprendre et à découvrir. Il fallait deviner, pour ne pas se tromper et prendre la bonne route. Je n’étais le fils de personne. Mes études universitaires avaient été raccourcies : une licence, donc 4 certificats, en un an pile. Le trait majeur de ma vie ? Je suis un autodidacte, car il n’existait alors aucun enseignement universitaire pour la recherche. Les professeurs d’université faisaient comme si la recherche allait de soi et ne posait pas de problème. D’où l’attention que j’ai accordée aux questions de méthode et de pédagogie. Mon premier manuel a été Initiation aux études historiques. Je l’ai écrit en pensant à ce que j’étais quand j’ai commencé. Apprendre à apprendre. Avant ce manuel, rien n’existait pour les étudiants. Une fois publié, le livre est devenu le meilleur compagnon des étudiants en histoire. L’autre aspect, c’est que rien n’est acquis sans travail. Et ce que l’on a acquis peut être transmis aux autres, si l’on a un certain talent pédagogique. Le troisième aspect est la curiosité. J’ai toujours eu envie de combler mes ignorances. D’où cette thèse avec ce titre : Enquête sur… Car il s’agit bien d’une enquête. J’ai découvert au passage le mécanisme du sous-développement, au cœur du capitalisme contemporain.
Quand j’ai voulu, après la thèse, travailler sur la politique arabe de la France, au Maghreb et au Machreq, j’ai alors buté sur les affaires pétrolières, à cause du Proche-Orient. J’ai découvert qu’aucune étude sérieuse n’existait sur le pétrole en France. Je m’y suis lancé à partir des archives de la CFP (Ndlr : Compagnie française des pétroles, 1924-1985, ancêtre de Total) et je suis devenu historien français du pétrole : un monde immense. La recherche était plus confortable, parce que plus classique.


- Et s’agissant de votre personnalité ?
  Un trait essentiel, c’est la lutte contre ce que je considère comme l’injustice, l’inégalité. D’où mon engagement politique, dès 1936, contre Mussolini et le fascisme (guerre d’Ethiopie), contre le franquisme et le nazisme, contre Vichy et Pétain, ennemi de la démocratie ; pour de Gaulle, pour les Alliés ; contre les racismes de toutes sortes... Ma désertion de l’armée Giraud et mon engagement chez de Gaulle (j’ai été condamné à mort par contumace par le Tribunal militaire de Constantine, en 1943). Je suis profondément antiraciste et archi-tolérant. Je respecte toutes les croyances, toutes les fois. Mais qu’on respecte mon credo d’agnosticisme et ma liberté de penser. Je regarde la liberté comme le bien le plus précieux. Elle est aussi précieuse que l’air que je respire.


- Vous refusez la nationalité algérienne alors que vous avez accompagné, par vos connaissances, les négociateurs algériens des Accords d’Evian et, plus tard, des hommes politiques algériens comme Mohamed Sahnoun. Quel lien gardez-vous avec l’Algérie ?
  Je suis né français et algérien. Je parle français et arabe. J’adore les histoires de Djeha et les Contes de Perrault.  Pourquoi, après avoir aidé le FLN, ne suis-je pas devenu algérien ? Parce que, comme je l’ai dit à Claude Estier (Ndlr : personnalité politique socialiste, à l’époque journaliste), à Tunis, en 1962,  j’étais né en Algérie et que ma famille était d’origine juive. Je savais l’intolérance de l’Islam envers les juifs (dhimmis). En France, ils étaient citoyens, égaux aux autres non juifs, malgré Vichy, malgré le racisme latent. Mais quand mes amis Mohamed Sahnoun ou Mohammed Bedjaoui m’ont demandé une aide, je l’ai fait sans me poser de question, pour aider l’Algérie et les Algériens à exister.

 
Repères :
Cette interview a été réalisée suite à la réédition par les éditions Bouchène de la thèse d’André Nouschi, Enquête sur le niveau de vie des populations rurales constantinoises de la conquête jusqu’en 1919, dans une version revue et corrigée (2012, 768 p). Cinquante-trois ans après sa soutenance (1959), suivie de sa publication (1961), cet essai d’histoire économique et sociale qui avait défrayé la chronique en allant aux tréfonds du système colonial en Algérie, a gardé tout son intérêt.
Son auteur souligne qu’«aucun éditeur français n’a pensé à ce livre, sans doute par inculture ou ignorance», car «le niveau de vie se vend moins bien que la mémoire en France de la guerre d’Algérie».
Aussi, souhaite-t-il qu’on regarde plus, aujourd’hui, «les effets de la colonisation en Oranie, dans l’Algérois, dans les campagnes d’abord ; dans les villes aussi», que soient aussi analysées «les archives des confréries religieuses en Algérie», que soit élargie «la recherche ouverte par Merad sur le réformisme».
Et d’ajouter que «jadis, l’historien A. Temimi  avait ouvert les archives turques sur les biens habous». André Nouschi se demande «pourquoi les Algériens ne continueraient-ils pas dans cette voie», estimant que «l’histoire de l’Algérie coloniale ne peut être renouvelée que par les Algériens».
L’historien algérien, Ahmed Taoufik El Madani, avait qualifié le livre de Nouschi de «goutte d’eau… après la traversée du désert».
En 1962, le Pr Marcel Emerit écrivait : «Aucun ne pourra se passer de cette enquête austère, ardue, mais richement documentée et d’une parfaite liberté d’esprit». L’historien Gilbert Meynier, préfacier de la réédition, considère qu’il s’agit d’une «œuvre incontournable sur l’histoire de l’Algérie coloniale». A propos de l’auteur, il signale qu’il «est issu d’une famille juive du Maghreb : les ancêtres de sa mère, originaires d’al-Andalus, via le Maroc, sont venus en Algérie au XVIe siècle ; ceux de son père, judéo-italiens originaires de Livourne, s’y sont installés en 1736». Né en 1922 à Constantine, André Nouschi s’est engagé dans la Résistance en 1942.
Après la guerre, il se consacre à la recherche. Il a publié des ouvrages de référence sur le nationalisme algérien, la colonisation, le pétrole, la géopolitique, le Proche-Orient et la Méditerranée. Fidèle à ses engagements, il a adressé à l’ambassadeur d’Israël à Paris, en 2009, une lettre ouverte, affirmant : «Vous vous conduisez comme des voleurs de terres et vous tournez le dos aux règles de la morale juive. (…) Comment les juifs qui ont tant souffert peuvent-ils imiter leurs bourreaux
hitlériens ?»


mardi 26 mars 2013

Pour que cessent les mirages et les siphonnages



 

Suite à la parution dans TSA d’une interview du parlementaire Wahid Bouabdellah (1)) et à la  saillie salutaire de mon collègue Saci Belgat sur FB (2), qu’il me soit permis de saluer à la fois la mémoire du chahid Belgat, tombé les armes à la main le 20 aout 55 en plein cœur de Philippeville/SKIKDA, ainsi que celle du père de Wahid Bouabdellah qui fut un pivot de l'ALN au Maroc où la famille possèdait de nombreux biens...mais ceci est une autre histoire...

On ne peut ne pas se dire pourquoi, ce monsieur bien né s'implique ici et maintenant! Mais ne lâchons pas l'essentiel pour le futile. Et l'essentiel c'est le débat que cette incursion nous propose quant au devenir du pays. Puisqu'il est avéré que dans moins de 15 ans, notre production pétrolière et gazière -voir l'interview de Nicolas Sarkis par Med Benchicou dans le Matin(3)- ne pourra même pas couvrir la demande intérieure, sachant que durant l'année 2012, l'Algérie de Bouteflika a importé plus de 500.000 véhicules, dont 150.000 ont été débarqués au port de Mostaganem, engendrant une sortie de devises de plus de 2 milliards d'euros, ne sommes-nous pas en droit d'exiger un moratoire sur l'utilisation des ressources pompées du Sahara? D’autant qu’après avoir détruit l'ensemble du système de formation agronomique, sous l'impulsion intéressée du FMI et de la Banque Mondiale, l'Algérie se retrouve dans une situation de dépendance alimentaire quasi irréversible. Cependant, et là je rejoints les rares voix nationales qui osent les réclamer l'organisation dans les plus brefs délais des états généraux de l'agriculture. 

 Explorer d’autres voies de salut
Il faut en finir avec un plan national élaboré et alimenté à partir du siège du ministère de l'agriculture, qui a fait de Batna la zone la plus productive en lait de vaches - la Bretagne et la Normandie n'ont plus qu'à rien se tenir- alors que des bassins laitiers comme Annaba, Sidi Bel Abbès, Guelma, Blida, Skikda, Mila, Médéa trainent loin derrière, il y a lieu de dire stop au mensonge, stop à la gabegie et stop à tous les trompes l'œil! S’il fallait lui trouver un aspect positif, le texte de Wahid Bouabdellah aura eut le mérite de nous sortir de notre réserve. Car ce papier est à verser à la colonne des contributions majeures à une meilleure connaissance des sources de la déliquescence de la gouvernance nationale. L'ancien patron de deux fleurons de l'économie nationale -combien même elles ont bénéficié des largesses du système de soutien au secteur public, notamment en s'accaparant une part substantielle de nos revenus pétroliers-, illustre de manière magistrale les errements de notre système de planification et de redistribution des richesses nationales. Il est la preuve la plus probante de l'échec des plans de développement du pays. Mieux encore, il démontre, de la manière la plus percutante que non seulement les erreurs sont réelles, mais qu'elles sont toujours en vigueur. C'est pour cela qu'il serait temps de mettre un terme à cette douloureuse expérience et surtout de s'en inspirer pour explorer d'autres voies de salut. Ni Wahid Bouabdellah, ni ses mentors, ni son clan, ne sont plus en aptitude de trouver et surtout de faire accepter au pays une alternative patriotique et sérieuse de sortie de la crise actuelle et à venir. Car s'il y a péril en la demeure, ce n'est pas tant les revendications légitimes de nos compatriotes des territoires du Sud, mais il est surtout dans l'incapacité du pouvoir actuel d'imaginer et d'appliquer des initiatives nouvelles et innovantes. La première des réponses à ces revendications sera de ne plus permettre à ceux qui sont liés d'une manière ou d'une autre au pouvoir politique en place, donc à ses échecs, de continuer à délivrer, dans une langue de bois aride, un discours éculé, parce que paternaliste et surtout en total déphasage avec les urgences du moment. Plutôt que de persister dans le traitement dans l’urgence, il me parait plus judicieux de s’en remettre à la sérénité. Il serait vain de vouloir appliquer une thérapie dans l’urgence, car les effets de toute action  précipitée seront désastreux à moyen et long terme. Parce que, paradoxalement, le temps joue contre nous. Non par la durée, mais par le souffle qu’il exige. Il se trouve que depuis plus 25 ans, le pays a fonctionné dans l’urgence. En effet, il faut remonter à l’année 85 pour retrouver les origines de la crise actuelle. A l’origine déjà, c’est bien l’effondrement des cours du pétrole qui feront plonger le pays sous les fourches caudines du FMI et de la Banque Mondiale. 

Restitution des fortunes spoliées
A cette époque, le président Chadli avait envoyé un émissaire de rang ministériel, juste pour quémander auprès de l’Arabie Saoudite un chèque pour régler quelques cargaisons de  sucre, d’huile et de céréales. Les historiens seraient bien inspirés d’aller mettre leur nez dans cette douloureuse période. Les émeutes d’Octobre 88 feront le reste. Depuis, le pays est pris dans des tourbillons dont la cyclicité pourrait nous renseigner sur les capacités de nuisance de nos ennemis irréductibles, mais également sur notre résistance face à l’agression multiple qui nous est imposé, que ce soit sur le front intérieur, avec la loi sur les hydrocarbures et l’attaque directe des installations pétrolières de Tingatourine,  ou sur nos frontières par l’activation et l’armement des groupes islamistes en Lybie, en Tunisie et au Sahel. Autant d’abcès de fixation ne peuvent qu’avoir des répercussions douloureuses sur le plan interne. C’est pourquoi, au lieu de se précipiter vers les Talebs du coin et revenir avec un talisman, il serait plus porteur de mettre en place des structures et des hommes dont la mission sera de redonner une cohésion à l’ensemble des parties et de les impliquer dans une action de sauvegarde du pays. Pour cela, il faut absolument éviter de mettre au devant de la scène, les piètres acteurs dont les CV regorgent de passe-droits et de contre performances, voire de dilapidations et de détournements des deniers publics.  Il n’est même pas question ici de leur intenter des procès, ni même de les soumettre à une procédure disciplinaire. A ceux-là, il serait utile de rappeler que le peuple algérien qui a tant souffert, qui souffre, attend d’eux un seul geste. Que les biens spoliés lui soient restitués sans aucune autre forme de procès. Dans  sa grande sagesse et dans l’étendue de sa mansuétude, il ne réclamera pas vos têtes, ni des comptes, il veut seulement solder ses comptes avec vous. Dans sa magnanimité légendaire, il vous autorise à garder par devers vous, de quoi vivre comme des nababs pour le restant de vos jour, une indemnité mensuelle de 10.000 dollars, soit près d’un million de cts, cad une prime journalière de 330 dollars, l’équivalent du per diem d’un expert de très haut niveau selon le barème de la Banque Mondiale! 

Révélations cataclysmiques
En coupures de 2.000 dinars, ça fera 20 billets, soit 4 millions de Cts à dépenser quotidiennement ! Je vous souhaite bon courage car ça fait tout de même du boulot, parce que ça  sera des achats à ne plus en finir, des repas à offrir à la copine, à la copine de la copine, au petit ami de la copine. Avec 10.000 anciens suceurs de deniers publics, l’Algérie relancera de manière magistrale et soutenue l’activité économique rien que par la consommation. Comme au bout d’une semaine il leur restera, dans le cas où ils auraient bien « travaillé » à dépenser 80 millions de Cts ou 8.000 dollars, ils se rendront vite compte  qu’à ce rythme, chacun d’entre eux pourrait embaucher en CDI un cuisinier, un jardinier, un chauffeur, un majordome, nune masseuse, un coiffeur, un informaticien et deux femmes de ménages ! Autant de postes d’emplois créés ramèneront très vite calme et sérénité dans les chaumières du bled.
Mais pour le reste, il faudra le restituer à son propriétaire testamentaire légitime qui est le trésor public de l’Algérie. Un bon arrangement ne vaut-il pas mieux qu’un long et mauvais procès ? Voilà une action qui permettra à Wahid Bouabdellah et à ses amis de se rendre enfin utiles pour la majorité. Mais cette bonne parole, il faudra bien que quelqu’un qui a une certaine autorité morale ou de proximité, c'est-à-dire ayant un lien affectif, familial ou autre avec ces détenteurs illégaux de notre argent à tous, aille les convaincre de la perspicacité de cette démarche. Sinon, comment faire revenir la confiance en l’Etat National si ce même Etat National n’est pas en mesure de demander en toute délicatesse à ceux qui se sont servis, souvent de manière abusive et démesurée, de restituer toutes les sommes indues prélevées. Car ce qui motive nos concitoyens du Sud, ce n’est pas tellement la précarité de leur situation, après tout elle date, mais ce sont sans doute ces révélations cataclysmiques portant sur des fortunes colossales que d’aucuns auraient subtilisées et planquées en lieux sûrs. Voilà de quel coté il faut travailler si on veut réellement faire revenir à la table du destin national, Tayeb Belabbès et ses troupes. A mon corps défendant, utiliser un  terme emprunté au langage militaire n’est pas d’une grande subtilité, j’en conviens. Toutefois, je sais que c’est dans les marécages de la misère et du renoncement que naissent les plus imprévisibles contestations. Les plus sanglantes aussi, qu’à Dieu ne plaise !
Aziz Mouats
Université de Mostaganem

lundi 18 mars 2013

Mme Flici renie son soutien a Bouteflika




Lors de sa rencontre vendredi 15 mars avec les familles de victimes du terrorisme au niveau de la bibliothèque communale, la présidente de l’organisation nationale des victimes du terrorisme (ONVT), Fatima Zohra Flici a fait un bilan sans concessions et sans détours de la politique dite de réconciliation telle que prônée par Abdelaziz Bouteflika depuis son retour aux affaires. Tout en soulignant les retombées indéniables sur le plan sécuritaire, l’intervenante a eut les mots les plus durs vis-à-vis de la réconciliation et de son corollaire, la grâce amnistiante qui aura fait la part belle aux repentis. Réunis au niveau de la bibliothèque municipale de Sidi Ali, 50 km à l’est de Mostaganem, les représentants des familles des victimes du terrorisme ont mis en exergue les disfonctionnements nés de la mauvaise prise en charge des veuves et des orphelins de la décennie rouge. Comme cette veuve d’un brigadier de police, venue spécialement de Tiaret, à peine la quarantaine, qui a eut beaucoup de peine à s’exprimer dans un micro pour dire combien elle continue de souffrir du peu de considération et de la maigre pension qu’elle peine à partager entre ses trois enfants. Son discours entrecoupé de sanglots a mis à mal et les organisateurs et les autres représentants des victimes du terrorisme.  Lors d’un point de presse, Fatima Zohra Flici est revenue sur les péripéties ayant abouti au soutien de son organisation à l’initiative du président Bouteflika. Si elle ne renie pas les retombées de cette politique sur les plans sécuritaires, elle considère que sur le plan psychologique, rien n’a été fait pour venir atténuer un tant soit peu la douleur et les blessures des familles endeuillées. Lorsque nous lui demandons si elle referait la même chose, sa réponse fuse cinglante : «  jamais de la vie, car en ce qui nous concerne, nous les victimes du terrorisme, nous n‘avons jamais pardonné, certes nous avons tourné la page, mais nous l’avons pas déchiré » ! Rappelant que pas moins de 4 chefs de gouvernement – Ali Benflis, Ahmed Ouyahia , Abdelaziz Belkhadem et de nouveau Ouyahia- ne se sont jamais souciés de faire aboutir un projet de loi déposé par l’ONVT afin de donner un réel statut à cette catégorie de patriotes, ajoutant que c’est ce projet de loi qui lui a valu d’être exclue des candidatures à l’assemblée nationale. Concernant les remous ayant secoué l’ONVT, F. Z. Flici les attribuera à ses opposants à l’intérieur de l’organisation envers lesquels elle usera de mots très lourds de sens, allant jusqu’à renoncer à toute forme de pardon, «  ni ici, ni là haut, seul Dieu pourra leur pardonner ». Car ajoutera-t-elle, avec leurs manœuvres, ces dissidents auront gravement porté atteinte à la moralité et au bon fonctionnement de l’organisation. Comme pour confirmer ses dires, ni elle, ni la délégation qui l’accompagnait ne se sont rendus au cimetière de Mostaganem, là où reposent les 4 scouts victimes de l’attentat du 1er  novembre 1994, au cimetière de Sidi Ali. Parmi eux, le propre fils de Boualem Ahmed, l’ex secrétaire général de l’ONVT et chef de file des opposants à la ligne défendue par Mme Flici.   

mercredi 6 mars 2013

Eloge de l'esprit coopératif



 Les soubresauts qui contaminent le monde paysan sont parfois porteurx de progrès. Ici, l'exemple de la coopérative d'élevage de Sétif, raconté par notre ami Hamoud Zitouni, un tout jeune cadre mis à la retraite prématurément et qui a encore de très judicieuses choses à dire. Comme par exemple cet éloge de l'élevage bovin laitier dans les hautes plaines sétifiennes...un défi? pas tant que ça! lorsque l'on voit que même dans les zones semi désertiques du nord du Sahara, les vaches Frisonnes remplacent sans ménagements les séculaires races ovines et caprines nationales, on ne peut que se féliciter que dans le milieu paysan, il y a encore des initiatives locales qui "marchent", non pas sur leur tête comme presque partout où l'Etat s'est lâchement débiné, mais sur leur convictions que sans efforts " de réflexion" et sans efforts surhumains, il est possible de faire de belles choses dans ce pays qui est toujours créditeur de la France d'une lourde et pesante cargaison de blé, d'orge et d'avoine, dont une grande partie a permis aux armées impériales de mener des guerres sous la bannière d'un paysans Corse du nom de Bonne à part...voici un papier très technique sur la vie d'une coopérative d'élevage, relique d'un système étatique pas si prédateur que ça, la preuve, ça marche comme dans un système libéral, puisque ça produit du blé, ça emprunte du "blé" et ça élève des vaches laitières venues d'ailleurs...finalement, ce pays n'est si inhospitalier que ça! mais ça, les Romains et avant eux les rois Berbères le savaient déjà...


La COOPSEL de Sétif, une coopérative agricole pas comme les autres


4 mars 2013 | Hamoud Zitouni, Sétif.Info lien : http://www.setif.info/article7623.html




Depuis leur réorganisation-privatisation réalisée en 1988 dans la précipitation, les coopératives agricoles de services en Algérie se sont peu à peu sous les coups essentiellement de la mauvaise gestion et l’incapacité de se tracer des perspectives en accord avec leur mission principale que celle d’être un soutien logistique au paysan dans son acte de production.

Désinvestissement, déficit chronique, étranglement financier, recul ou abandon des activités, cession d’actifs sont les expressions d’un seul mal : la faillite.
Et puis, il y a eu de nombreux cas de prédation que même l’administration ligotée par les textes ne pouvait arrêter et encore moins la faire sanctionner par la justice. Cette prédation prenait la forme de sommes astronomiques de créances irrécouvrables ou plus simplement l’accaparement-bradage de biens mobiliers ou immobiliers cédés par l’Etat à des prix symboliques aux coopératives.
La responsabilité de ce désastre incombe d’abord aux agriculteurs et leurs représentants professionnels et syndicaux qui continuent de voir la coopérative comme un bien de l’Etat prodigue (« entaa e doula, wach dakhlek ? » ou « C’est à l’Etat, de quoi te mêles-tu ?) alors que la perception du bien collectif privé a du mal à se faire place. Et puis il y a certainement la responsabilité des pouvoirs publics décideurs au niveau central qui pressés (par qui ? pourquoi ?) ont voulu se débarrasser rapidement d’un lourd fardeau, à la Ponce Pilate, sans trop anticiper sur les fâcheuses conséquences.

Pourtant quelques rares coopératives de services, ici et là, à travers le pays ont su et pu résister à leur mise à mort et leur dépeçage.
C’est le cas de la coopérative de services spécialisée en élevage de la wilaya de Sétif désignée plus couramment par le vocable la COOPSEL de Sétif.
Au lendemain de son changement statutaire opéré en application du décret 88-170 du 13 septembre 1988, la COOPSSEL de Sétif, à l’instar des autres coopératives, a connu d’énormes difficultés de gestion et de financement qui l’étranglaient. Devenue structurellement déficitaire, la banque lui refusait tout crédit. Moribonde, ses jours semblaient être comptés.

Mais quelques éleveurs adhérents voyant le danger de perdre à jamais une structure-outil économique indispensable à l’épanouissement de leur activité professionnelle ont décidé de rappeler à la rescousse l’ancien gérant de la coopérative en l’occurrence Mohamed El Haouès KHARCHI. Celui-ci qui l’avait quitté en 1988, après son changement statutaire, est un technicien de l’agriculture blanchi sous le harnais et capitalisant une longue et riche expérience de gestionnaire avisé et de rassembleur d’hommes.
Concomitamment, ces éleveurs ont mis à contribution leurs économies personnelles pour financer la relance de l’activité de la commercialisation du son gros au profit de ses adhérents. Ce fait qui mérite d’être mis en exergue montre à quel point des professionnels tiennent à leur coopérative.
Puis ce fut la reprise de la fabrication de l’aliment du bétail. L’espoir revient et une page est en train d’être tournée par et pour la COOPSSEL de Sétif. Mais le meilleur reste à venir.

Le PNDA (Plan national de développement agricole) mis en place à partir de 2001 a été la plus grande opportunité pour la COOPSSEL pour réaliser audacieusement une mini-laiterie. Le rôle de cette unité est de faire collecter le lait crû de vache auprès des éleveurs, de le conditionner et le pasteuriser dans des conditions sanitaires irréprochables et de le faire écouler sur le marché local. En plus du conditionnement du lait crû, la laiterie dénommée « Anfel » fabrique du beurre, de la crème fraiche et du petit lait de très bonne qualité.
A son démarrage en 2002, la laiterie traitait quotidiennement 800 litres de lait crû. Dix ans plus tard, en fin 2012, elle en a traité pas moins de 19 millions de litres/an du précieux liquide, cet or blanc. Ce qui la place en seconde position après la laiterie industrielle Tell de Mezloug qui, elle, conditionne 22 millions de litres/an de lait cru de vache.

En 2010, pour financer l’approvisionnement en intrants de ses adhérents, la COOPSSEL de Sétif a pu, fait rare à signaler dans le monde des coopératives de notre pays, obtenir un crédit d’exploitation dit « RFIG » ou d’accompagnement d’un montant de 23,5 millions de dinars. Devenue bancable en honorant régulièrement le paiement de ses échéances, la désormais dynamique coopérative obtient l’année suivante un autre crédit d’exploitation d’un montant de 38,5 millions de DA. En 2013, la BADR lui accorde un autre crédit à hauteur de 40 millions de DA.
Sortie de la zone du déficit chronique dans lequel elle était engluée, offrant une comptabilité saine sous contrôle d’un commissaire aux comptes, la coopérative se permet désormais d’envisager un avenir prospère. Elle réinvestit le terrain qu’elle occupait dans le temps de vaches grasses, celui qu’elle n’aurait dû jamais quitter. Elle se tourne vers ses 1200 éleveurs adhérents pour leur apporter en plus des approvisionnements et des équipements au meilleur prix des conseils et de l’assistance technique.
Une vingtaine de séances de vulgarisation sont organisées sur l’hygiène et la santé animale, le contrôle de la qualité de lait, l’alimentation rationnelle vaches laitières, les cultures fourragères. Un guide d’éleveur est édité et distribué aux éleveurs. D’autres thèmes sont en cours de préparation tel l’insémination artificielle, le planning des lactations, etc..

Mais un autre projet est en train de mûrir, pour lequel le président et le gérant de la COOPSSEL déploient leurs efforts pour le réaliser : une ferme-école destinée à la formation pratique des jeunes éleveurs devant prendre la relève. Elle abritera aussi une unité d’expérimentation et d’amélioration génétique confiée au département agronomie de l’université de Sétif.

La ferme-école sera dotée d’une étable de 20 unités zootechniques composées de diverses races les mieux adaptées au climat des hautes plaines sétifiennes et d’une chèvrerie de 160 têtes pour la production de lait destine à la fabrication du fromage mais surtout pour la reproduction qui servira à doter les petits fellahs des zones de montagne de petits troupeaux de chèvres laitières.
Respectés dans le milieu professionnel et administratif du secteur agricole, les dirigeants de la COOPSSEL exercent un rôle actif au sein du CNIL (conseil national inter professionnel du lait) et sont écoutés par les pouvoirs publics. Ils participent activement à la mise en place du projet de « pôle agroalimentaire intégré PAI- lait » de la wilaya de Sétif initié par le Ministère de l’agriculture et du développement rural avec l’appui de la Banque Mondiale la Wilaya de Sétif ayant été retenu comme Wilaya Pilote.

Tout récemment, Md El Haouès KHARCHI, l’homme qui a su ressusciter la COOPSSEL de Sétif, a été honoré de la distinction de la FAO à l’occasion de la journée mondiale de l’alimentation dont le thème choisi pour l’année 2012 est « les coopératives agricoles nourrissent le monde », par Le Docteur Rachid BENAISSA Ministre de l’agriculture et du développement rural.

Par ses résultats économiques appréciables, par sa contribution tangible au développement de la production laitière, la COOPSSEL de Sétif prouve que le système coopératif de notre pays n’est pas frappé congénitalement de faillite, qu’il peut se relever et prospérer et faire prospérer ses adhérents par l’effort, l’intelligence, la rigueur et le sacrifice. Un exemple à suivre….

20 Aout 55, les blessures sont encore béantes

  Propos sur le 20 Aout 1955 à Philippeville/Skikda  Tout a commencé par une publication de Fadhela Morsly, dont le père était à l’époqu...